Perdre face à une femme pousse certains hommes à vouloir rejouer
Dans une étude sur 290 participants, des hommes persuadés d’avoir gagné veulent rejouer après une défaite face à une femme, plus que face à un homme.
En bref
- Une expérience en laboratoire a réuni 290 participantes et participants autour d’épreuves de calcul mental.
- Les hommes surconfiants battus par une femme veulent plus souvent la réaffronter que s’ils perdent contre un homme.
- Les auteurs soulignent que tous les hommes ne réagissent pas ainsi et que les mécanismes restent incertains.
Perdre contre une femme ne se vit pas toujours comme perdre contre un homme, du moins pour une partie des hommes. C’est ce que suggère une étude présentée dans The Conversation par ses auteurs, qui ont comparé les réactions d’hommes et de femmes après une victoire ou une défaite.
D’un tatami au laboratoire
Tout est parti d’un tournoi de karaté. Les chercheurs y ont constaté que les hommes paraissaient choisir de se mesurer à des hommes plutôt qu’à des femmes, alors même que ces dernières arboraient la même ceinture et possédaient un niveau équivalent. Il s’agissait donc de comprendre si le sexe de la personne en face modifie la façon dont on vit un succès ou un échec.
Le sport donne quelques éléments de réponse, mais les compétitions mixtes y restent relativement rares, ce qui complique l’isolement de cet effet. Les auteurs ont donc choisi le laboratoire.
Les 290 participantes et participants y résolvent des calculs mentaux. Ils choisissent entre une rémunération fixe de 0,50 euro par bonne réponse et un tournoi, où seul celui qui résout le plus de calculs touche 1,50 euro par bonne réponse. Le tournoi rapporte davantage, mais il est plus risqué. Ceux qui l’ont choisi décident ensuite de réaffronter le même adversaire ou de rejouer avec une rémunération fixe.
Confiance excessive et goût de revanche
Avant de connaître les résultats, chacun indique s’il pense avoir gagné.
Quand des hommes qui s’attendaient à gagner s’inclinent devant une femme, ils souhaitent davantage la rencontrer une nouvelle fois que lorsqu’ils sont battus par un homme. En sens inverse, une fois vainqueurs d’une femme, ils désirent moins la défier à nouveau que s’ils avaient dominé un homme. Pour les auteurs, cela traduit l’envie d’une « revanche », le souhait de rétablir leur position, et la crainte de mettre en péril un succès déjà acquis.
Ces effets touchent principalement les hommes trop sûrs d’eux. Ce n’est donc pas la perte en elle-même qui pèse, mais la distance entre l’attente et le résultat, qui engendre la déception. Parmi les plus assurés, une défaite face à une femme va même de pair avec un meilleur rendement lors du round suivant contre la même rivale : l’échec paraît agir comme un stimulant.
Chez les femmes, un adversaire qui compte moins
En moyenne, les femmes choisissent moins souvent le tournoi, ce qui confirme un constat établi en économie. Mais lorsqu’elles décident de concourir, elles se montrent tout aussi compétitives que les hommes. Leurs décisions dépendent par ailleurs moins du genre de leur adversaire.
Des pistes d’explication, pas des certitudes
Les auteurs soulignent que leurs données ne suffisent pas à déterminer avec certitude quels processus sont à l’œuvre, tout en étant cohérentes avec divers travaux issus de l’économie et de la psychologie.
Une première hypothèse : certains hommes, influencés par les stéréotypes, pourraient sous-évaluer leur adversaire féminine. Ils comptent sur leur succès, et c’est l’issue imprévue qui provoque leur déception. Selon des études mentionnées, on explique aussi plutôt la défaite des hommes par un manque d’effort, motif passager, tandis que celle des femmes tient plus souvent à un déficit de compétence, motif interne et durable. Même en l’absence de public, les participants auraient pu assimiler ces représentations, ce qui les amènerait à rejouer en s’investissant davantage : les auteurs le constatent face à une femme, beaucoup moins face à un homme.
Une seconde hypothèse renvoie à la masculinité dite précaire, concept de la psychologie sociale. Alors que l’état de femme passe souvent pour acquis dès la puberté, celui d’homme devrait se conquérir par des gestes répétés et risquerait de se perdre. Cette vision, qui ne repose sur aucune réalité biologique objective et que la progression des discours masculinistes pourrait amplifier, produit des conséquences bien établies : lorsque leur virilité est contestée, les hommes recourent plus volontiers à des conduites compensatoires, en particulier des démonstrations de force.
Les auteurs rappellent enfin que tous les hommes ne répondent pas de façon identique à une défaite contre une femme, et que cette réaction n’a rien de fatal. Le sexe de l’adversaire peut seulement changer le sens symbolique d’un échec ou d’un succès, ce qui amène à s’interroger sur la place de la confiance en soi et des stéréotypes dans la manière de juger la performance des autres.
Photo : Vlada Karpovich / Pexels
