Pourquoi les lycéens demandent à être entendus, et ce qui nourrit leur inquiétude

Parents et enseignants ont rejoint les premiers cortèges : selon un auteur de The Conversation, école, climat et emploi nourrissent un malaise partagé.

Lynda Fournier Par Lynda Fournier
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Pourquoi les lycéens demandent à être entendus, et ce qui nourrit leur inquiétude
Des jeunes brandissent des pancartes pour exprimer leur inquiétude et leurs revendications face aux enjeux contemporains.

En bref

  • Le mouvement lycéen n’est pas une guerre des générations, selon l’auteur d’une analyse publiée par The Conversation.
  • Trois sources d’inquiétude se croisent : l’école, l’environnement et l’emploi à l’ère de l’IA.
  • Les lycéens disent vouloir être entendus et avoir « voix au chapitre ».

Non, les lycéens qui descendent dans la rue ne s’opposent pas à leurs aînés. Dans une analyse publiée par The Conversation, l’auteur considère ce mouvement comme le signe d’un mal-être plus étendu, qui concerne les jeunes nés au XXIᵉ siècle, et avec eux leurs parents ainsi que leur entourage social. Beaucoup de parents d’élèves, et même une majorité de la population, font d’ailleurs leurs les revendications de cette jeunesse.

Dès les premiers cortèges, des parents et des enseignants ont marché avec les lycéens, afin de les appuyer alors que les conditions de travail se dégradent dans les lycées. Les jeunes interrogés formulent souvent la même envie : être écoutés, avoir « voix au chapitre ». Selon l’auteur, ils ne demandent pas une rupture, mais une existence bonne et juste, telle que leurs aînés l’auraient vécue.

École, environnement, emploi : ce qui nourrit l’inquiétude

L’auteur parle d’une convergence des inquiétudes plutôt que d’une convergence des luttes. Il décrit ces trois facteurs comme un terreau fertile pour les anxiétés psychosociales, sans établir de lien avec des troubles individuels.

34 hde cours par semaine pour les lycéens français, contre 18,8 h en Finlande
19,8 %de chômage chez les 15-24 ans, pour 7,7 % en moyenne nationale
16,6 millionsde Français en détresse psychologique liée à l’environnement, selon l’Ademe en 2025
Source d’inquiétude Repère cité
École En vingt-cinq ans, la France a reculé de la 12ᵉ à la 29ᵉ position du classement PISA, avec une baisse en lecture, en mathématiques et en sciences. Il faut néanmoins noter que le nombre de pays participants a augmenté.
Environnement D’après l’Ademe, ces symptômes concernent surtout les jeunes, ainsi que les 25-34 ans.
Emploi L’IA ajoute une inquiétude numérique sur le travail, mais l’analyse ne chiffre pas son effet sur le chômage des jeunes.

Côté école, la Finlande obtient de meilleurs résultats (12ᵉ au classement global) avec bien moins d’heures de cours. L’idée d’une école gratuite, publique et obligatoire supposait la qualité de l’enseignement, gage d’un avenir pour les bons élèves. La confiance s’érode, et le sociologue français François Dubet résume : « Il n’y a pas d’avenir hors de l’école, et l’école ne peut garantir aucun avenir ». Cette exaspération, jointe au sentiment d’injustice dans certains quartiers défavorisés, est vécue comme une trahison du projet républicain.

Sur l’environnement, la venue médiatisée de Greta Thunberg dans un lycée de la région parisienne illustre le rapprochement entre préoccupations scolaires et écologiques.

Ce que demandent les lycéens

Les revendications, présentées comme légitimes, portent sur les conditions de travail :

  • le remplacement des enseignants manquants ;
  • la réduction des journées trop longues ;
  • moins d’élèves par classe ;
  • la réparation et l’entretien des établissements vétustes ;
  • l’amélioration ou la suppression de Parcoursup, plateforme très décriée qui affecte les étudiants dans les filières du supérieur.

Un message brouillé, des lieux de lien

Le coût humain alourdit le mouvement. D’après un décompte officiel arrêté au 14 octobre 2026, depuis l’origine des troubles, 937 membres des forces de l’ordre, 248 élèves et 149 personnels de l’éducation ont subi des blessures. Rien que pour les manifestations du 17 octobre, on dénombre plus de 1 800 interpellations, et selon le Parisien, 7 950 gardes à vue ont été prononcées depuis le commencement.

Des mouvements politiquement plus radicaux, ainsi que des groupes opportunistes ayant pillé des commerces, se sont joints aux lycéens. Selon l’auteur, ce foisonnement brouille le message initial.

L’auteur formule en outre une hypothèse : puisque les réseaux sociaux imprègnent désormais la vie collective, occuper les établissements permettrait de reprendre possession, ne serait-ce qu’un instant, de lieux consacrés au savoir et de renouer des liens sociaux. D’après lui, ces réseaux font office d’instance intermédiaire placée entre chaque individu et la société, tandis que le mouvement replace les rapports humains au cœur du jeu. Il y perçoit aussi une part de fête, visible dans l’humour des banderoles et la musique des cortèges, tout en rappelant, avec Roger Caillois en 1939, que la fête moderne peut également basculer dans la violence.

Pour les questions de bien-être des jeunes, la rubrique santé mentale de carnetpsy.com propose d’autres repères.

Photo : cottonbro studio / Pexels

Lynda Fournier

Psychologie, relations et santé mentale

Lynda Fournier

Lynda Fournier a été éducatrice spécialisée pendant quinze ans, en foyer puis dans un service d'accompagnement à domicile. Elle écrit pour Carnet Psy sur les relations, la vie sociale et le développement personnel, en s'appuyant sur la littérature scientifique plutôt que sur des recettes toutes faites. Elle jardine sur un balcon trop petit pour tout ce qu'elle y plante.